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Ven.17 janvier 201417/01/2014 Édition de la mi-journée

François Hollande efface la gauche

|  Par Lénaïg Bredoux

Lors de sa conférence de presse, le président a clairement rompu avec son discours du Bourget.

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C’était il y a deux ans. Une éternité. Entre le discours du Bourget de François Hollande candidat et sa conférence de presse de président de la République, ce n’est plus une affaire de nuances, c’est une véritable rupture. Mardi, le chef de l’État a annoncé qu’il allait encore amplifier la politique économique lancée depuis un an et demi, en offrant 30 milliards d’aides supplémentaires aux entreprises et en lançant une nouvelle cure d’austérité. Au risque de se couper définitivement d’une partie de son électorat.

Dans le cadre du « pacte de responsabilité », annoncé lors de ses vœux, le 31 décembre, François Hollande veut supprimer, d’ici 2017, les cotisations familiales payées par les entreprises, soit 30 à 35 milliards d’euros. Et comme il tient également à réduire les déficits publics, il a annoncé un nouveau programme de réduction des dépenses de l’État, des collectivités locales et de la Sécurité sociale : au total, il s’agira d’une baisse sur trois ans de 50 milliards d’euros. Une somme très importante, qui vient s’ajouter aux 15 milliards déjà décidés pour 2014.

Preuve de l’importance de ce « pacte » : elles seront compilées dans un texte qui sera présenté au parlement au printemps et sur lequel le gouvernement engagera sa responsabilité. « Il ne s’agit pas de changer de chemin, il s’agit d’aller plus vite, d’aller plus loin, d’accélérer, d’approfondir. En 2014, l’enjeu n’est pas simplement que la France retrouve la croissance – elle se dessine. C’est que cette croissance soit la plus vigoureuse possible. Nous n’y parviendrons qu’avec la mobilisation de tous et notamment des entreprises, sans lesquelles il ne peut y avoir de créations d’emplois dans la durée », a justifié François Hollande devant près de 600 journalistes à l’Élysée.

Depuis son arrivée au pouvoir, en mai 2012, et singulièrement depuis l’automne 2012 et l’annonce du « pacte de compétitivité » qui a permis d’octroyer 20 milliards de baisses d’impôts aux entreprises, le président de la République a fait le choix d’une politique de l’offre, selon laquelle il faut restaurer les marges des entreprises pour qu’elles créent davantage d’emplois. Mais c’est la première fois que François Hollande l’assume aussi clairement.

« Le temps est venu de régler le principal problème de la France : sa production. Oui, je dis bien sa production. Il nous faut produire plus, il nous faut produire mieux. C’est donc sur l’offre qu’il faut agir. Sur l’offre ! Ce n’est pas contradictoire avec la demande. L’offre crée même la demande », a déclaré le chef de l’État lors de son intervention liminaire de 40 minutes. Une dernière formule directement tirée des travaux de l’économiste libéral du XIXe siècle Jean-Baptiste Say.

En échange, François Hollande va demander aux entreprises des « contreparties », définies au niveau national, mais « déclinées par branches professionnelles ». Il s’agira, selon le président, « d’objectifs chiffrés d’embauches, d’insertion des jeunes, de travail des seniors, de qualité de l’emploi, de formation, d’ouvertures de négociations sur les rémunérations et la modernisation du dialogue social ».

Dans ce cadre, il a promis la création d’un nouvel organisme au nom barbare, un « observatoire des contreparties ». Mardi, François Hollande a d’ailleurs montré son appétence pour les comités Théodule puisqu’il a également annoncé l’instauration d’un « conseil stratégique de la dépense », à l’Élysée, et d’un « conseil de l’attractivité ». Tout un champ lexical qui emprunte à la fois aux technos qui l’entourent et à un bain de culture libéral.

C’est aussi la première fois qu’il se revendique sans détour « social-démocrate ». Lors de sa dernière conférence de presse de mai 2013, il avait préféré s’en tenir à l’appellation de socialiste : « Vous me demandez qui je suis. C’est une question terrible. Je suis socialiste. Ai-je besoin de me dire social-démocrate ? Est-ce que ce serait mieux d’être social-démocrate ? Il se trouve que j’ai dirigé pendant des années le parti socialiste, je ne l’ai pas appelé le parti social-démocrate. C’est parce que je crois à certaines valeurs. Je suis devenu président de la République. Je suis donc au service de la France. Donc je suis un socialiste qui veut faire réussir la France. »

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