Mediapart
Mer.24 juin 201524/06/2015 Édition de la mi-journée

Espionnage: l'Elysée dénonce des « faits inacceptables »

|  Par Lénaïg Bredoux et Mathieu Magnaudeix et Ellen Salvi

Après les révélations de Mediapart et Libération, en collaboration avec Wikileaks, sur l'espionnage des trois derniers présidents français par la NSA, l'Élysée convoque ce matin un conseil restreint de défense. Alors que l'Assemblée vote ce mercredi la loi renseignement, des politiques exigent des explications. En direct, toutes les réactions au scandale du FranceLeaks.

Partage

L'Élysée a d'abord voulu attendre. Mais peu de temps après la révélation par Mediapart et Libération, en collaboration avec WikiLeaks, de documents attestant que les services de renseignement américains ont écouté les plus hauts responsables français, dont l'actuel président de la République et ses prédécesseurs Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac, François Hollande a convoqué un conseil restreint de défense ce mercredi 24 juin à neuf heures.

À l'issue de ce conseil réunissant le président, le premier ministre, les chefs d'état-major et du renseignement, l'Élysée a publié un communiqué dénonçant des « faits inacceptables ». « La France, qui a encore renforcé son dispositif de contrôle et de protection, ne tolérera aucun agissement mettant en cause sa sécurité et la protection de ses intérêts », assure la présidence de la République.

Par ailleurs, l'ambassadrice des États-Unis en France, Jane Hartley, a été convoquée ce mercredi au ministère des affaires étrangères. Il faut noter que cela avait déjà été le cas après les révélations sur l'espionnage de hauts fonctionnaires français par la NSA en 2013. Et n'avait pas servi à grand-chose.

La commission des affaires étrangères du Sénat a également mis le sujet au menu de ses discussions, ce mercredi matin.

Une délégation d’une vingtaine de parlementaires doit être reçue à l'Élysée à 12h15 « pour faire le point » sur les écoutes américaines. Elle sera conduite par le président du Sénat, le LR (ex-UMP) Gérard Larcher, et celui de l'Assemblée nationale, le socialiste Claude Bartolone. Le premier ministre, Manuel Valls, et les ministres de l'intérieur, de la justice, des affaires étrangères et de la défense participeront également à cette réunion.

Pour le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll, interrogé sur I-Télé : « On ne peut pas avoir ce type de pratiques concernant des présidents de la République. C'est inacceptable entre alliés. » Il ajoute que le gouvernement va demander « des précisions à la Maison Blanche ». Le voyage de Stéphane Le Foll sur le traité transatlantique prévu mercredi 24 juin aux États-Unis est pour le moment maintenu. Il a ajouté que « la France n'écoute pas ses alliés » et que « la cible de la France, c'est le terrorisme ». Selon lui, la France a « un système d'écoutes et de renseignements » mais « uniquement pour développer des stratégies contre les terroristes ou personnes qui pourraient mener des actions de ce type contre le pays ».


Le ministre du travail François Rebsamen a réagi sur France Info : « Ces informations distillées par la presse sont graves » et il s'agit de « pratiques anormales ». Selon lui, « c'est une affaire que le président et le premier ministre prennent très au sérieux » car « entre amis, on ne fait pas cela ».

Jean-Jacques Urvoas, président socialiste de la commission des lois de l’Assemblée nationale et artisan du projet de loi sur le renseignement, est furieux. Il l'a écrit sur Twitter (en français et en anglais) :

Les opposants à son projet de loi, qui doit être définitivement adopté par l'Assemblée nationale mercredi 24 juin, ont quant à eux directement fait le lien avec les mesures préparées par la France. Exemple avec le député socialiste Pouria Amirshahi, qui va voter contre la loi :

Arnaud Leroy, député PS, proche d’Arnaud Montebourg, est sur la même ligne :

Pour l'ancien ministre socialiste Guillaume Garot, il s'agit de « pratiques scandaleuses entre alliés. Les USA doivent très vite rendre des comptes ». Quant à l'ancien ministre PS de l'économie et actuel commissaire européen, Pierre Moscovici, lui aussi espionné, il s'est dit « profondément choqué » par nos révélations :

Jean-Luc Mélenchon, co-fondateur du Parti de gauche, s’appuie sur la révélation des écoutes américaines pour réclamer l’arrêt des négociations sur le traité transatlantique : « Cet espionnage est une violence contre la souveraineté de la France. Il s’est même poursuivi après le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN sous Nicolas Sarkozy ! Les bisounours du pro-américanisme primaire sont les idiots du village. Dans de telles conditions, l’arrêt des négociations sur le grand marché transatlantique s’impose de toute urgence. » Il demande aussi l’asile politique et la nationalité française pour Julian Assange et Edward Snowden « pour les services éminents rendus à notre pays ».

Raquel Garrido, une des responsables du Parti de gauche, appelle, tout comme Jean-Luc Mélenchon un peu plus tard, à interrompre les négociations en cours entre l’Union européenne et les États-Unis sur l’accord transatlantique.

« Écoutes, surveillance massive : où sont les limites du renseignement ? Les USA écoutent la France avec la complicité de l'Allemagne... Europe en berne », a commenté sur Twitter l'eurodéputée écologiste Eva Joly.

Pour François de Rugy, co-président du groupe écologiste à l’Assemblée, « la publication de ces écoutes montre justement qu'il faut une loi qui dit ce qui est autorisé ou pas pour les services de renseignement ».

À l’inverse, Cécile Duflot, députée EELV et ancienne ministre du logement, tweete : « Quand je pense aux arguments et intimidations qui ont été opposés à celles et ceux qui sont contre le #PJLrenseignement ... #nocomment. »

Partage