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Jeu.09 juillet 201509/07/2015 Dernière édition

Angela Merkel était cernée par la NSA américaine

|  Par Jérôme Hourdeaux et Mathieu Magnaudeix et avec Julian Assange

Le portable d’Angela Merkel figure bien dans une liste de cibles de la NSA, selon un nouveau document révélé par WikiLeaks. Depuis des années, des dizaines de lignes fixes de la Chancellerie et quelques portables ont été espionnés. 

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De précédents documents publiés par Mediapart et Libération, en collaboration avec WikiLeaks, démontraient que des conversations privées de la chancelière Merkel avaient été espionnées (à lire ici et ). Mais jusqu'ici, même si les présomptions étaient très fortes, il manquait la preuve que son téléphone portable avait été écouté par la NSA, la puissante agence du renseignement américain. En juin, le parquet fédéral de Karlsruhe a d’ailleurs classé l’enquête sur l’éventuel espionnage du portable de Merkel. « Pas de preuves », avaient alors estimé les magistrats.

Ils vont avoir de quoi relancer l’enquête. Désormais, le doute n'est plus permis : c'est même écrit noir sur blanc. Le numéro de "handy" (portable en allemand) d'Angela Merkel, commençant par « 00173 », fait partie d'une nouvelle liste de 56 numéros de téléphone (des « sélecteurs ») surveillés par la NSA (52 lignes fixes, 5 portables). Ce numéro, ouvert chez l’opérateur Vodafone, n’a pas été désactivé : nous sommes tombés sur un répondeur. Selon la Süddeutsche Zeitung, il s’agit du portable utilisé par Angela Merkel jusqu’à fin 2013.

Ces dizaines de numéros, publiés ce mercredi 8 juillet sur le site de WikiLeaks, correspondent tous à des coordonnées de responsables ou de collaborateurs de la Chancellerie, centre névralgique du pouvoir en Allemagne – où le président de la République n’a qu’un rôle honorifique.

Du standard au fax de la chancelière, le cœur du gouvernement de la première puissance économique européenne a donc été espionné de façon minutieuse par les États-Unis pendant des années. Et sans doute dès les années 1990, puisque certains numéros renvoient sur d’anciens numéros téléphoniques à Bonn, l’ancienne capitale fédérale. Selon le quotidien allemand, un collaborateur de Helmut Kohl ayant démissionné en 1994 figure même sur cette liste, régulièrement réactualisée depuis sans que les vieux numéros aient été supprimés.

Tous les accès à la chancelière sont méthodiquement surveillés. Son portable, bien sûr, mais aussi 8 lignes directes, celles de son assistant et de son chef de cabinet, sans oublier plusieurs lignes à son bureau et son fax. Les numéros sont toujours actifs. Lorsqu’on compose le premier numéro de la liste, une voix féminine nous accueille d’un « Bureau de la chancelière ? » chantonnant. Le portable du numéro deux du bureau de la chancelière, toujours en poste, a aussi été surveillé.  

Le listing comporte également 6 lignes de téléphones estampillées « State Sec » par la NSA, dont certaines renvoient aujourd’hui au bureau de Peter Altmaier, un très proche d’Angela Merkel, le grand chef de l’administration de la Chancellerie qui a la haute main sur les services secrets – il a récemment reçu l’ambassadeur américain pour se plaindre des écoutes.

On y trouve par ailleurs le portable de Ronald Pofalla, qui a occupé les mêmes fonctions qu’Altmaier de 2009 à 2013 – il est d’ailleurs désigné sur la liste «  CH CHANC » (« Chef de la chancellerie »). Le numéro est toujours actif. Ce mercredi 8 juillet, Ronald Pofalla a décroché en personne. « Adressez-vous à mon bureau », s’est-il contenté de répondre quand nous lui avons expliqué la raison de notre appel.

Deux portables de Géza Andreas von Geyr, un diplomate de haut rang spécialiste de la politique internationale et des questions de défense, figurent également sur la liste. Aujourd’hui un des responsables du ministère de la défense, il a été vice-président de 2010 à 2014 du BND, les services secrets extérieurs allemands. Une institution en accusation en Allemagne ces temps-ci, puisque depuis 2002 le BND a collaboré avec les Américains dans la lutte antiterroriste. Et écoutait également des dirigeants européens pour le compte de la NSA…

Plus anciens, une vingtaine de numéros, intitulés « Kanzleramt », renvoient eux à l’ancien siège de la Chancellerie à Bonn, définitivement déménagé en 1999 au profit de Berlin. Parmi ses téléphones, plusieurs hauts responsables de l’État allemand à la fin des années 1990, comme Bodo Hombach (chef de la Chancellerie sous Gerhard Schröder, de 1998 à 1999) ou Ernst Uhrlau, qui a dirigé à partir de 1998 la « section 6 » de la Chancellerie, celle qui supervise les services secrets.

« Entre amis, ces choses ne se font pas », avait feint de se fâcher Angela Merkel en 2013 quand le Spiegel avait révélé que ses conversations avaient été écoutées. Chaque jour qui passe apporte pourtant une preuve supplémentaire de la totale mise sous surveillance de l’appareil d’État allemand par le grand frère américain, via des interceptions téléphoniques et satellites, ou directement depuis le toit de l'ambassade d'Allemagne à Berlin : principaux collaborateurs, ministères clés, dont celui de l’économie, des affaires étrangères, des finances et de l’agriculture, services stratégiques des administrations, etc.

Il y a quelques jours, l’ambassadeur américain a été convoqué à la Chancellerie. Il a été mollement rappelé à l’ordre. Mais la chancelière n’a toujours pas protesté. Sollicitée mercredi, la Chancellerie n’a pas souhaité commenter les documents. « Une évaluation de ses documents n’est pas possible pour l’instant », a commenté un porte-parole cité par la Süddeutsche Zeitung. Berlin n'a pas envie d'en faire une affaire d'État. Mais ces nouvelles révélations pourraient l'y contraindre. 

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