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SÉLECTIONNÉ PAR LE NOUVELOBS

Modifié le 08-11-2011 à 12h52

1 réaction | 842 lu

Temps de lecture Temps de lecture : 3 minutes

Saurons-nous faire du dinosaure une espèce protégée ?

LE PLUS. "Jurassic Park", un film qui en a fait frissonner plus d'un... ainsi que rêver à la potentialité scientifique de ramener à la vie les dinosaures. Mais comment pourrions-nous accueillir ces créatures dans un monde où nous ne tolérons déjà plus loups, ours et crocodiles ? Yves Paccalet, philosophe et écologiste le déplore.

Yves Paccalet

> Par Yves Paccalet philosophe écologiste

Edité par Amandine Schmitt   Auteur parrainé par Aude Baron

"La crise", la Grèce, le budget, la rigueur… Oublions le triple A de l’Amicale des Anonymes Angoissés… Parlons nature.

 

Loups du Gévaudan, parc situé en Lozère (SCHWARTZ PIERRE/SIPA)

Loups du Gévaudan, parc situé en Lozère (SCHWARTZ PIERRE/SIPA).

 

Nathalie Kosciusko-Morizet semble croire à sa mission, mais les groupes de pression jettent à la poubelle les ultimes résidus du Grenelle de l’Environnement. Notre ministre de l’Écologie renonce à réintroduire une ourse brune dans les Pyrénées béarnaises. Même musique funèbre dans les Alpes : les chasseurs pourront tuer tous les loups (espèce protégée dans l'Union européenne) qu’ils voudront, pourvu qu’ils déclarent l’avoir fait au bénéfice des moutons.

 

L'esprit de massacre triomphe

 

Deux illustrations d’une réalité mondiale : l’esprit de massacre triomphe. Hors de la bagnole et du supermarché, point de croissance, donc point de salut ! La haine de ce qui subsiste de vie sauvage prend les allures d’un délire dont le récent essai de Pascal Bruckner, Le Fanatisme de l’Apocalypse, constitue le lamentable exemple.

 

Il n’existe presque plus d’ours, de loups, de tigres, de panthères, d’aigles, de requins, de dauphins, de papillons ou d’orchidées. Beaucoup d’humains s’en fichent. Certains versent des larmes de crocodile, mais les crocodiles aussi disparaissent.

 

Les animaux ressuscités grâce à la science ?

 

D’autres font confiance à la science. On manque de rhinocéros ou d’éléphants ? On mettra en conserve les ultimes représentants de ces espèces menacées. Sous forme d’embryons congelés. Voire sous l’apparence abstraite d’une liste de gènes séquencés, que nous pourrons à volonté synthétiser in vitro et faire s’exprimer pour ressusciter les morts. Cette "solution", qualifiée de "miracle" par ceux qui y croient, nous permettra-t-elle de sauver le gorille, le chimpanzé ou le panda ? Suffira-t-il de préserver le matériel génétique du koala ou de la baleine bleue pour assurer leur avenir ? Rien n’est moins sûr.

 

Il existe une autre possibilité. Depuis le roman Jurassic Park de Michael Crichton (et le film qu’en a tiré Steven Spielberg), chacun sait que nous pourrons un jour "recréer" des espèces éteintes à partir de brins d’ADN fossile. Après avoir amplifié ce dernier, on le copiera (on le "répliquera"), puis on l’insèrera à la place de l’ADN d’un ovule, lequel sera réimplanté dans le ventre d’une mère compatible – une dame crocodile pour un dinosaure, une éléphante pour un mammouth, une lionne pour un tigre à dents de sabre… On obtiendra l’embryon, puis le bébé – tout étonné et tout fringant – d’une créature disparue depuis des milliers ou des millions d’années.

 

Extrait du film

Extrait du film Jurassic Park : Le Monde Perdu (INTERFOTO USA/SIPA).

 

Les chances sont minuscules qu’on récupère, dans des ossements de tricératops ou de diplodocus, assez d’ADN pour ressusciter ces "lézards terribles". Supposons qu’on y parvienne. Hormis quelques documentaires pour la télévision et quelques images propres à nourrir le "buzz" sur Internet, que ferons-nous des animaux exhumés du royaume des ombres ? Voudrons-nous repeupler la planète en dinosaures ? Si oui, où ferons-nous gambader ces reptiles ? Dans quelle forêt, quelle savane, quel pays ? Que mangeront-ils ? Où trouveront-ils refuge pour se reproduire ou se reposer ?

 

Difficile de partager notre espace

 

Toute espèce a besoin d’un milieu adapté. D’un territoire suffisamment vaste et riche en ressources… Le problème est que nous refusons de partager "notre" espace avec des espèces encore bien vivantes, mais qui nous gênent. Nous ne voulons plus ni de l’ours, ni du loup, ni du tigre, ni de l’éléphant, ni d’aucune de ces créatures exigeantes. Le ptéranodon ou le mammouth ne pendront jamais la crémaillère dans un parking de supermarché !

 

Lorsque nous ressusciterons le tyrannosaure, l’"affreux" T-Rex de Jurassic Park, je propose que nous installions cette honorable et digne créature dans les jardins du ministère de l’Écologie. Ou du palais de l’Élysée…

Votre réaction (1)

Vert De Rage

Vert De Rage a posté le 8-11-2011 à 09:34

Bon article, le constat est hélas sans appel ! A propos de dinosaures, notons qu'il semble bien que les grands mammifères disparaissent aujourd'hui bien plus vite qu'eux, et sans que ça n'inquiète grand monde. Sans parler des bien-pensants qui condamnent les affreux bronzés qui braconnent à l'autre bout du monde et laissent disparaître par exemple au hasard le grand hamster d'Alsace...Des dinosaures recréés seraient bons à tourner en rond dans des zoos...

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