Recommandé par :

Mediapart.png
edwy_PLENEL.png

Journal d'information indépendant lancé autour d'Edwy PLENEL qu'on ne présente plus ! en mars 2008, il y a plus de 3 ans.

LIEN SITE pour accèder et en savoir plus...
site mediapart.fr

Aujourd'hui, Mediapart s'est imposé par ses scoops, investigations, reportages et analyses de l'actualité. Participatif, le journal est ouvert aux débats d'opinions et aux échanges entre journalistes et abonnés. Mediapart propose un accès à tous les articles de la rédaction de Mediapart (Economie, Politique, International, Société, etc) , des enquêtes, des entretiens vidéos et la possibilité de contribuer en commentant les articles

Et présentement , en matière d'idées reçues battues en brèche ...

l_apocalypse_JoyeruseFress.png

"Erudit et précis, cet ouvrage de Jean BAPTISTE FRESSOZ revisite l’histoire du risque technologique au prisme de quelques grandes controverses qu’il a suscitées depuis le XVIIIe siècle : l’inoculation de la variole, la régulation des pollutions de l’industrie chimique au XIXe, l’introduction de l’éclairage public au gaz, et, dans une moindre mesure, le chemin de fer .

La thèse de l’auteur est que,
contrairement aux idées reçues,++ nos récents ancêtres n’étaient pas d’invétérés progressistes aveugles aux dommages écologiques de leurs inventions industrielles. Mais que, bien au contraire, l’innovation technologique s’est constamment heurtée à des résistances sociales (critiques scientifiques, méfiance des médias, réactions citoyennes…), elles-mêmes mues par le souci de l’air, de la nature ou de la protection des citadins contre les risques d’accident. Or ces oppositions au progrès des techniques ont été systématiquement balayées par de savants dispositifs administratifs, savants et industriels qui ont autorisé et, au fond, rendu légitimes des pollutions et des activités à risque pour leur environnement. Ainsi, « l’histoire du risque technologique (…) n’est pas l’histoire d’une prise de conscience, mais l’histoire de la production scientifique et politique d’une certaine inconscience modernisatrice ».

Pour Jean-Baptiste Fressoz, cette histoire démontre que la norme régulatrice s’est adaptée à la technique, et non l’inverse. Autrement dit, il y a eu inversion du rapport de force entre la règle commune censée protéger tout un chacun et les besoins de l’industrie, parce qu’elle incarnait à la fois le progrès civilisationnel et la promesse d’un enrichissement pour l’élite. C’est déjà en soi une forme d’injustice, ou du moins, une sérieuse entaille dans la glorieuse histoire de la technologie.

Mais l’auteur pousse plus loin encore le raisonnement, et tente de cerner les conséquences culturelles, ou même anthropologiques, de cette victoire des facteurs de risque sur ceux qui voulaient s’en prémunir. Il fait alors des emprunts à la psychologie et parle de « désinhibition moderne » ou encore d’« ontologies anxiolytiques ». Car au fil des ans, les réglementations environnementales nous ont rassurés, malgré toutes leurs limites. La modernité a ainsi fabriqué en nous de l’inconscience, voire de l’ignorance, et nous a rendus vulnérables. C’est ainsi que nous avons laissé le monde s’ajuster à l’impératif technologique, tout en nous imaginant l’inverse. D’où ce beau titre d’« apocalypse joyeuse », oxymore (selon le sens commun du terme) qui veut décrire notre situation actuelle de pollueurs heureux, plus ou moins ignorants.

Renée Alice