Eva Joly, vous allez nous manquer !
Vendredi 6 Avril 2012 à 18:00 | Lu 13243 fois I 43 commentaire(s) Christine Clerc - Marianne

BIEN VAILLANTE ! la candidate d'EUROPE ECOLOGIE -LES VERTS...mais préparons-nous
à lui dire au revoir ....

MARIANNEaEVA954609-1127894.jpg

Vous voilà donc repartie en campagne après votre accident, cette fois avec des lunettes noires. Rien ne vous arrêtera ! Une fois de plus, vous nous surprenez par votre ténacité.

Comme il était tentant, pourtant, de les planter là, tous vos amis verts ! Vous avez dû y penser. Mais ça leur aurait fait bien trop plaisir. La même idée a dû vous venir aussi, je l’imagine, en novembre, quand vous avez disparu pendant cinq jours au fond d’un fjiord ou au bord de votre crique bretonne. Ne pas revenir ? Créer un électrochoc ? Ou continuer à jouer le rôle de celle qui dit tout haut des vérités piquantes pour tout le monde ? Dans votre dos, Cécile Duflot et Jean-Vincent Placé (celui qui vous qualifiait gracieusement de « vieille éthique ») avaient tricoté un accord avec Martine Aubry : vous étiez, déjà, passée par pertes et profits

D’ailleurs, qui a jamais cru qu’un Vert – ou une Verte – pourrait obtenir à la présidentielle plus de 5,2% des voix- le score atteint en 2002 par Noël Mamère ? Seul Daniel Cohn-Bendit aurait pu rivaliser avec Jean-Luc Mélenchon. Quel match ç’aurait été ! Mais voilà : notre « national-présidentialisme », comme il dit, ennuie « Dany ». Alors, il salue votre « courage ». Cécile Duflot aussi, même si elle constate que vous n’êtes pas « un grand fauve de la politique ». Et les paris s’engagent entre eux : « jusqu’où Eva descendra-t-elle ? Jusqu’à 1% ? Faudrait tout de même pas qu’elle descende trop bas : les socialistes remettraient en cause notre accord pour les législatives…. »

Cependant, vous faites mine de ne rien entendre. Vous tombez dans un escalier, vous avez le visage couvert de bleus, mais vous dites

« ma campagne ne s’arrête pas, car je ne veux pas laisser le champ libre au mensonge généralisé… »

Telle la Marseillaise de l’Arc de Triomphe, vous brandissez l’étendard des « valeurs de la République » ! Ca ne manque pas de panache.

Ca n’en manquait pas non plus d’aller assister, à Montauban, aux obsèques des trois soldats tués par Mohammed Merah, vous qui avez scandalisé tout ce que la France compte de soldats, officiers, admirateurs de l’armée et midinettes en remettant en cause le défilé militaire du 14 juillet.
(...)

Plus tard, pourtant, on vous rendra justice. Et même, je vous le prédis, on vous regrettera. Pas seulement parce que vous faites, avec vos lunettes rouges et votre accent, la joie des humoristes

Mais pour ce que vous nous apprenez sur nous-mêmes : sur nos contradictions franco-françaises. A votre manière, vous jouez le rôle du Persan de Montesquieu.

Nous prétendons adorer l’Egalité et d’ailleurs, tous nos candidats ont signé un pacte pour la parité Hommes/femmes. Mais le comportement de la classe politique et médiatique à l’égard de la candidate que vous êtes me rappelle terriblement celui dont souffrirent Edith Cresson, Ségolène Royal et même Simone Veil - pourtant la femme politique la plus aimée des Français .

Caricature, mépris, grossièreté… Rien n’a vraiment changé, au pays de la misogynie.

Nous prétendons aimer la Justice, mais nous détestons les juges intègres et rigoureux, que nous appelons les « Justiciers ». Personne, ni à gauche, ni à droite, n’a soutenu le Procureur Eric de Montgolfier qui s’est mis à dos successivement la bande à Tapie et les frères de la Côte pour avoir voulu faire appliquer les lois de la République ( quelle idée, aussi, pour un aristo ! ) Quant à vous, personne ne vous écoute quand vous rappelez qu’un juge – et non le ministre de l’Intérieur – aurait dû, pour respecter le code de procédure pénale, superviser les opérations du Raid à Toulouse . Evoque-t-on votre carrière dans l’administration judiciaire ? Ce n’est pas pour saluer votre combat contre les fraudeurs et leurs chers paradis fiscaux, mais pour vous surnommer « Cruella » et vous mettre en scène , comme dans le film joué par Isabelle Huppert, en « juge aux gants rouges ».

Nous sommes de grands défenseurs de la Laïcité. C’est, avec République, le slogan commun à tous nos candidats. Mais que vous vous interrogiez sur le bien fondé des fêtes religieuses chômées de l ’Ascension, de la Pentecôte ou de l’Assomption - ou du moins que vous proposiez, dans un souci d’Egalité, d’accorder des jours fériés aux pratiquants d’autres religions que la seule religion catholique, la condamnation est unanime !

La CGT elle-même, dont on ignorait l’attachement au dogme de l’élévation au ciel de la Vierge Marie (édicté par le Pape Pie XII en 1950) défendra le week-end du 15 août. En vérité, toutes ces fêtes sont inscrites dans notre Histoire depuis des siècles. Autant vous le confesser : nos racines sont judéo-chrétiennes. Mais cela, nous nous interdisons de le dire et surtout, de l’écrire.

+ J’ai gardé pour la fin le sujet le plus délicat : l’Allemagne. A longueur de journées, nous conjuguons « le couple franco-allemand », « l’amitié franco-allemande ».++

Oui, il est temps de vous l’avouer et de nous l’avouer à nous-mêmes : nous n’aimons pas les Allemands. Nous les envions. Nous admirons leurs performances économiques et leur discipline, Mais, 68 ans bientôt après la Libération de Paris, nous n’arrivons pas à les aimer. D’ailleurs, et malgré tout le mal que nous disons des Américains, nous envoyons nos enfants en Amérique plutôt qu’en République fédérale. Le souvenir de la Collaboration nous fait honte. La Shoah nous obsède. Les livres, les films, les documents TV sur les deux guerres mondiales et sur l’occupation nazie nous passionnent. Et il nous arrive de sursauter en entendant une voix à l’accent allemand, comme si un officier SS était entré dans notre salon .

Je sais : vous êtes franco-norvégienne et l’accent d’Oslo, qui vous est resté de vos jeunes années de Miss Norvège, est bien différent de celui de Berlin. Mais c’est plus fort que nous, plus fort que tous nos principes : sauf quand il s’agit de machines outils, de voitures et de machines à laver, nous nous méfions de ce qui nous vient d’Outre Rhin. Daniel Cohn-Bendit aurait dû vous prévenir, lui que Georges Marchais traita, en mai 68,de « juif allemand ».

Or, malgré tout, après tant d’années, il fait désormais partie de notre patrimoine. Vous aussi ! Mais nous ne le savons pas encore. Un jour, nous vous rendrons justice. Nous découvrirons que, lorsque vous réclamiez un défilé pacifique le 14 juillet plutôt que des chars et des soldats, vous étiez l’héritière d’une longue tradition qui remonte à Voltaire et Rousseau. Une tradition très française !

LIEN SOURCE :

Eva-Joly-vous-allez-nous-manquer-_a216843.html

Renée Alice