CRISE ENVIRONNEMENTALE ET CAPITALISME : intéressant débat croisé entre LEPAGE et BERNIER... poussard.jpg(texte paru le 24 décembre 2009 dans L’Humanité Dimanche n°189).

« Le capitalisme peut-il répondre à la crise environnementale ? »

Telle était la question posée à Corine Lepage (fondatrice et présidente du parti écologiste Cap 21, députée au Parlement européen, ancienne candidate à l’élection présidentielle, ancienne ministre de l’Environnement du gouvernement Juppé, et dirigeante du MoDem)...
Ainsi qu'à...Aurélien Bernier (secrétaire national du M’PEP (Mouvement Pour l'Education Populaire) auteur de "Le Climat otage de la finance" (Mille et une nuits, 2008) : .

Réponse de Corine Lepage :

« OUI, MAIS... avec beaucoup de difficultés car il faudrait que le capitalisme se transforme radicalement et que le capitalisme financier que nous vivons aujourd’hui revienne au moins à un stade de capitalisme économique. À mes yeux, il faut établir un marché régulé, respectueux de l’environnement et d’une plus juste répartition.
Cette idée implique donc de rétablir un pont entre la réforme du système financier international et la lutte contre le changement climatique. Je défends ainsi, à Bruxelles, l’idée d’une taxe sur les transactions financières dont l’objectif serait de permettre le financement de l’aide au développement en dehors des engagements déjà pris par les pays industrialisés, les transferts de technologie, l’adaptation aux changements climatiques et également l’adaptation des pays du Nord vers une économie décarbonée.
En ce sens, aussi, je suis favorable à une taxe carbone, sélective. Elle pourrait être appliquée à l’entrée de l’Europe envers les pays gros émetteurs de GES qui ne prennent pas les mesures pour réduire ces émissions, comme la Chine par exemple. En revanche, elle ne doit pas frapper l’Afrique ou, de manière générale, les pays les moins avancés.
Il faut, de toute façon, réduire les émissions de carbone. J’ai ainsi défendu l’idée des quotas d’émission. Jusqu’à présent, ni le carbone ni le méthane n’étaient soumis à un contrôle. Créer un marché des quotas d’émission revient à créer une pénurie artificielle de manière à obliger les agents économiques à réduire leurs émissions. Évidemment, ce marché ne doit pas devenir un instrument de spéculation. Il n’empêche qu’en l’état actuel du monde, et compte tenu de la faiblesse des budgets publics, si l’on veut vraiment avoir de l’argent pour financer les changements qui s’imposent et le développement économique, les marchés d’émission sont une partie de la solution.

La question du financement est justement le sujet majeur à COPENHAGUE. Une taxe de 0,1 % sur les transactions financières pourrait nous permettre de financer la lutte contre le changement climatique. Elle permettrait de dégager une centaine de milliards de dollars, probablement ce qu’il faudrait en 2020 pour les pays du Sud. Même si cette bataille est colossale, bien que le taux d’imposition soit faible, je suis décidée à la mener. J’espère, en tout cas, qu’un accord international, un Kyoto 2, et peut-être un protocole additionnel à la convention sur les changements climatiques, seront signés à Copenhague....

Ensuite, l’organisation de son application relèvera d’une conjonction de mesures. Car lors du sommet, ce sont les États qui vont s’engager et devront trouver les moyens de les appliquer aux multinationales, notamment en évitant le dumping fiscal, social et environnemental qui, généralement, sont corrélés. À partir du moment où nous aurions eu un engagement des États sur le sort de la planète, dans la mesure où les multinationales ne sont pas hors de la planète, ça voudrait dire qu’elles n’auraient plus de havre dans lequel elles trouveraient le moyen d’échapper au système.

La question est celle de la volonté politique. Il consiste à faire en sorte que les États récupèrent le pouvoir qui était le leur et leur a échappé depuis 25 ou 30 ans pour restaurer un système durable.

Il passe par ‘‘l’évolution soutenable’’. Une évolution déterminée par le fait de savoir si une activité est soutenable ou ne l’est pas. ++Toutes les activités soutenables doivent croître, celles qui ne le sont pas doivent décroître.
Ce qui ne veut pas forcément dire de la désindustrialisation, mais un système de production beaucoup plus circulaire, qui réemploie et réutilise le plus longtemps possible la même matière première ; il implique la dématérialisation, la croissance de la connaissance...
Le capitalisme peut donc répondre aux défis climatiques… mais tout dépend de ce que l’on met derrière le terme ‘‘capitalisme’’. Je ne défends pas un capitalisme financier, mais un capitalisme économique, qui ne soit pas monopolistique et permette le développement du tiers secteur, tout ce qui est coopératif, social et solidaire. Ces secteurs économiques ne sont pas capitalistes au sens commun du terme, bien que l’on puisse y faire du profit, mais il n’est pas utilisé de la même manière. Dans une société coopérative, le profit dégagé est réinvesti au sein de l’entreprise et dans les investissements. Ce qui me choque, ce n’est pas le fait de gagner de l’argent (jusqu’à un certain point), mais l’usage qui en est fait après. Si une entreprise ne gagne pas d’argent, elle disparaît ; et nous savons les conséquences que ça a en matière d’emploi. Ce n’est donc pas le sujet. Le sujet est celui du ‘‘pour quoi faire ?’’ ».

Eéponse d’Aurélien Bernier

« NON, pour répondre à cette question, il n’est pas inutile de rappeler que le capitalisme est un système basé sur l’accumulation de richesses, le profit à court terme pour une minorité de la population. La propriété privée des grands moyens de production est le moyen central pour y parvenir, avec son corollaire, le productivisme, qui consiste à faire de l’augmentation de la production un objectif en soi.
Deux problèmes apparaissent immédiatement lorsqu’on aborde les questions environnementales. Produire toujours plus dans un monde où les ressources sont finies est physiquement impossible. Le productivisme est donc forcément condamné. D’autre part, là où l’équilibre de la planète nécessiterait des actions de long terme, la prise en compte des générations à venir, la ‘‘loi’’ capitaliste ne connaît que le court terme. Pour noyer le poisson, on place les espoirs dans une technologie censée répondre à tous les problèmes présents et futurs. Une simple observation des principaux indicateurs environnementaux, qui se dégradent d’année en année, suffit à dissiper ce rideau de fumée.
Dans la seconde moitié du XXe siècle, le capitalisme est devenu ‘‘néolibéral’’. Il faut comprendre par là qu’il s’est mondialisé et que la finance internationale a pris un poids considérable, soumettant l’économie à la dictature des actionnaires. Les multinationales prospérant sur les externalités, ces dégâts sociaux et environnementaux qu’elles provoquent mais qui sont payés par la collectivité, elles délocalisent dans les pays les moins regardants. On peut donc y polluer aisément, et ajouter au bilan les émissions atmosphériques liées au transport. C’est ainsi que les rejets de gaz à effet de serre ont augmenté d’au moins 25 % ces dix dernières années.
Pourtant, parfois, le capitalisme peut effectivement agir pour l’environnement. Mais à condition que cette action soit économiquement rentable. Nous l’avons vu avec la gestion des déchets, lorsque de grandes firmes ont compris le profit qu’elles pouvaient en tirer. Nous le voyons avec les énergies renouvelables ou les technologies ‘‘vertes’’ sur lesquelles se ruent les grands groupes. Mais c’est bien leur logique de profit qui guide ces choix, et non l’intérêt général. Un euro investi dans l’isolation des bâtiments est infiniment plus efficace d’un point de vue écologique et social qu’un euro investi dans une éolienne. Pourtant, c’est l’éolien qui se développe en priorité, pour la simple raison que les grandes puissances financières ont pris le contrôle de ce marché porteur.

La crise climatique est telle que le capitalisme vert n’est certainement pas une simple mode. Par contre, sa ‘‘verditude’’ fluctuera en fonction de ses seuls intérêts. La crise de 2008-2009 l’a montré : quand l’urgence est au sauvetage des grandes puissances économiques, la protection de l’environnement redevient le cadet des soucis des dirigeants.
De même, comment une entreprise peut-elle prévoir des investissements de long terme dans la réduction des pollutions lorsque le prix du ‘‘droit à polluer’’ est établi en Bourse et soumis à spéculation ou que les capitaux se déplacent à une vitesse ahurissante ?

En fait, nous sommes face à un grand numéro d’illusionniste. Les multinationales qui ont largement dégradé la planète tentent de donner une seconde jeunesse au capitalisme en absorbant les activités rentables de la lutte contre le changement climatique. À l’inverse, la protection de la biodiversité, qui ne rapporte rien ou presque, est passée aux oubliettes, ce qui montre bien toutes les limites de leur conversion écologique. Quant aux préoccupations sociales, qui ne devraient jamais être séparées des questions environnementales, nous filons vers la catastrophe.

Le productivisme et le libre-échange, ces deux jambes sur lesquelles marche le système capitaliste, provoquent des désastres. C’est en application de ces principes que l’on rase la forêt amazonienne pour y implanter du soja, exporté ensuite en Europe pour nourrir du bétail hors sol, qui sera éventuellement consommé au final à l’autre bout de la planète.

Il faut sortir impérativement de ce schéma.

Ceci suppose de relocaliser la production agricole et industrielle pour la mettre sous contrôle démocratique et faire évoluer les modes de production. Pour l’écologie comme pour le social, il faut une planification politique qui intègre le temps long, qui s’organise dans un cadre démocratique, qui garantisse l’intérêt général. Tout ce que le capitalisme est, par nature, totalement incapable de faire. »
Propos recueilli par Fabien Perrier
retransmis par RAP

COPENHAGUE (du 7 au :18 décembre) : ULTIMATUM CLIMATIQUE, URGENCE SOCIALE : C'EST CHAUD !

JOSE BOVE CHEZ LUI

Les pays industrialisés sont sur la voie d’un réchauffement de 4 à 5°C ! Et la négociation sur le climat de Copenhague est quasiment bloquée....Devant la faiblesse des propositions des pays industrialisés, l’Afrique menace de quitter la table des négociations. Le succès du Sommet dépend de ce que les Chefs d’Etat apportent dans leur valise, que ce soit leurs réductions d’émissions ou leur aide financière pour les pays du Sud d’ici à 2020.
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Selon nos estimations, les positions actuelles des pays riches conduiraient à un réchauffement entre 4 et 5°C'est plus de deux fois le seuil de 2°C recommandé par les scientifiques et repris par la communauté internationale. Inacceptable !

Tel était le double cri lancé par les eurodéputés José Bové et Yannick Jadot.…

"Plus le temps de perdre du temps,, mobilisons-nous ! renchérissaient simultanément les VERTS ....
appellant toutes celles et tous ceux qui se sentent concernés par l’urgence climatique à se mobiliser à l’occasion de la Conférence des Nations Unies sur le Changement Climatique, programmé du 7 au 18 décembre à Copenhague. De nombreuses manifestations dans toute la France, en Europe et dans le monde étant prévues le 12 décembre.

Nous n’avons plus le temps de perdre du temps. Il est impératif, face à l’urgence climatique, que la communauté internationale décide d’un accord contraignant afin de restreindre les émissions de gaz à effet de serre. Au premier chef, l’Europe doit montrer l’exemple et décider de s’appliquer une comptabilité transparente pour ses propres émissions afin d’atteindre une diminution d’au minimum 30 % d’ici 2020

La diversité des peuples du monde présents à l'évènement....ainsi que la présence massive des ONG du Nord et du Sud, la diversité des tenues, des visages, et des des langues donnant le sentiment que, oui, c’est bien une forme de représentation du monde entier qui est ici rassemblée.à COPENHAGUE "(ajoutait Denis Baupin, adjoint au maire de Paris chargé du développement durable, membre du Collège exécutif des Verts), alors qu'il y a encore quelques semaines, ceux qui se montraient relativement optimistes sur le Sommet sur le climat de Copenhague passaient pour des doux rêveurs...
"Nous mêmes étions plutôt pessimistes tant le retard pris dans les négociations depuis la conférence de Bali il y a deux ans semblait irrattrapable. Aujourd’hui, alors que s’ouvre ce Sommet présenté par beaucoup comme le rendez-vous du siècle, la donne a changé"....entendait-on encore...

Et POURTANT ...

On sait aujourd'hui, les postures prtises uns, les creuses vélléïtés des autres et l'incapacité globale des politiques de plus haut nioveau, à oser le courage et l'exemple pour amorcer et planifier sérieussement un début de réponse crédibe pour faire face à la situation...

La montagne d'espérance et l'ampleur de la mobilisation auront tout juste abouti à un "botte en touche" magistral de "c'est pas moi, c'est l'autre..." ou "tirez les premiers"... on verra après... laissant un terrible sentiment d'absence de capacités à décider individuellement et collectivement...

La déconvenue est immense en regard de à l'espoir soulevé.

RAP