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Conseil Régional RHONE ALPES : :Assemblée plénière des mercredi 17, jeudi 16 et vendredi 19 décembre 2008

Intervention de Gérard LERAS

Président du Groupe des Conseillers VERTS

Monsieur le Président,

La responsabilité des Verts au sein de cette Région est double et elle est fondée sur un paradoxe apparent, que nous assumons pleinement et que certains n’ont toujours pas compris : nous portons tout à la fois, de façon totalement liée, notre devoir de construction majoritaire de la politique régionale et notre parole, nos propositions vertes.

LA CONSTRUCTION MAJORITAIRE DU BUDGET REGIONAL

Notre groupe a milité ces derniers mois pour que le budget 2009 soit fortement amendé pour tenir compte des effets de la crise et pour contribuer à diminuer ses impacts sur les Rhône-Alpins. Le budget 2009 ne sera pas un budget anti-crise. En France, le niveau institutionnel et financier de la régionalisation l’interdit. Mais ce sera un budget responsable. Nous sommes passés de ce qui ne devait être que le simple prolongement sur 2009 du budget 2008 à une véritable reconstruction budgétaire, qui va se révéler en assemblée plénière au fur et à mesure dans l’examen des amendements

.Cette reconstruction budgétaire est d’abord le fait d’une majorité que nous voulons vivante et efficace et qui, en l’occurrence, l’a été. Une efficacité que le rapporteur du budget, Jean-François Debat a également voulu, et je tiens à le remercier ici.

NB : Les amendements présentés aujourd’hui par l’Exécutif ou par les groupes de la majorité n’existeraient pas sans notre opiniâtreté. Benoît LECLAIR interviendra sur les amendements. Nous n’avons pas toujours été entendus, nous sommes parfois entendus très tard. Un exemple : dans le premier débat d’orientation budgétaire de cette mandature, il y a quatre ans je disais pour notre groupe :
« Un souhait : les grands besoins (lycées, ferroviaire) sont clairement établis pour les Rhône-Alpins. Ils ne nous en voudront pas de dépenser dans le domaine ; ils nous tiendraient rigueur de ne pas le faire. Alors au bon moment, fin 2005 ou en 2006 par exemple, ne serait-il pas opportun de solliciter un acte citoyen : la mobilisation volontaire de l’épargne privée pour participer au programme de ces grands travaux régionaux indispensables ? Il y aurait là, à travers différentes formes techniques possibles, moyen de générer à la fois accroissement des moyens et adhésion politique. »

Aujourd’hui, l’Exécutif décide de passer par l’emprunt obligataire. Nous savons apprécier parce que mieux vaut tard que jamais, même si nous préférerions que l’emprunt soit levé, avec la meilleure lisibilité possible, sur le périmètre régional, quitte à y associer des collectivités rhônalpines.

Un tel mécanisme serait à inventer certes mais, d’une part, il conviendrait parfaitement à une région qui se veut « la citoyenne » et qui entend mobiliser une part significative de l’épargne ; et d’autre part, son élaboration serait facilitée aujourd’hui si l’étude préalable nécessaire avait été engagée, quand nous la demandions, dès 2004.

LA VISION VERTE DE LA CRISE

1 - Bien avant d’être bancaire, la crise était agricole et alimentaire

Le mode de développement productiviste et libéral arrache aux petits producteurs brésiliens des terres vivrières, vitales, pour les dédier au soja OGM destiné aux éleveurs européens, condamnés à mort à leur tour par un effet de ciseau décisif entre l’augmentation du prix de l’aliment du bétail et la baisse des cours du lait ou de la viande. Quand la Région s’apprête à soutenir l’autonomie alimentaire des élevages et la production de protéines végétales ici, ou quand elle coopère avec le Parana pour promouvoir des formes alternatives d’agriculture là-bas, elle agit dans le bon sens. Reste la question des moyens qu’elle y mettra.
C’est le bon sens aussi quand la région Rhône-Alpes s’engage au Sénégal pour renforcer le pastoralisme et organiser sa nécessaire coexistence avec l’élevage sédentaire. Dans ce cas, la crise est non seulement agricole et alimentaire, elle est aussi climatique, car le désert gagne, et les ressources en herbe et en eau ne peuvent être traitées aujourd’hui comme hier. Les enjeux sont la paix sur place et la survie.

Quand l’Etat diminue les moyens du développement, la Région doit impérativement tenir jusqu’à la fin de la mandature l’objectif de 0,7 % du budget.C’est le bon sens enfin quand la Région soutient les circuits courts entre producteurs et consommateurs, sous toutes leurs formes.

2 – La crise est énergétique et industrielle

:Selon les positionnements politiques, certains ont nié le fait que le pétrole ne pouvait pas rester bon marché ; d’autres se sont servis de la perspective de pénurie et du réchauffement climatique pour fourguer le nucléaire. La crise des carburants sert parfois à vendre le concept abstrait et largement stérile de voitures propres ; ou bien à fuir en avant dans la mono-recherche de plus grandes vitesses en TGV, au détriment de la recherche-développement pour les autres moyens de transport collectif
. Le salut de l’humanité et de la planète, mais aussi, plus humblement, le salut chez nous, passe par la reconversion et la sobriété.
L’année 2008 restera en Rhône-Alpes comme l’année d’illustration des risques d’exploitation des centrales nucléaires. La pénurie de pétrole sert d’alibi pour le nucléaire alors que la pénurie d’uranium s’annonce de la même manière, seulement un peu plus tard. Et rien n’a avancé quant à la maîtrise des déchets. Notre Région doit donc mettre un point d’honneur à susciter le débat et l’action publique pour reconvertir le mode dominant de production d’électricité chez nous qui sommes particulièrement exposés. L’éolien, le photovoltaïque, la méthanisation, la géothermie en ont besoin.

Nous devons complètement changer d’échelle dans notre action en faveur de la recherche-développement, de la production industrielle, de la sous-traitance quant au secteur des matériels de transport en commun, routiers et surtout urbains, ou ferroviaires.

A ne pas avoir été capables d’organiser à temps la reconversion des industries d’armement, à avoir voulu seulement défendre, tels quels, industrie et emploi, on a préparé le vide industriel, le chômage et les cités-dortoirs que l’on connaît aujourd’hui dans la Loire. Va-t-on continuer à défendre, coûte que coûte, la production de pièces pour voitures ou les camions, et à nouveau ne rien ménager pour l’avenir ?
!!!La région, comme d’autres collectivités, va-t-elle continuer la fuite en avant dans les investissements dits de haute technologie, générateurs de produits peut-être vendables en période d’euphorie mais en définitive socialement peu utiles et donc vulnérables dans les nouvelles conditions de la demande ; produits en tout cas condamnés à la délocalisation dès que le recours aux mains-d’œuvre sous payées de Taiwan ou d’ailleurs sera devenu – et c’est pour très bientôt – le seul moyen de conserver un minimum de marges bénéficiaires. Là où on a créé une mono-industrie, un immense champignon « high-tech », le Grésivaudan, que fera-t-on des friches industrielles ?

3 – la crise est sociale :
L’écologie est une éthique globale de responsabilité et non, comme certains s’obstinent à nous y enfermer, une simple discipline environnementaliste.

C’est à la fois une vision du monde pour l’humanité et la capacité à traiter concrètement les situations réelles, de telle façon que le dit traitement à court terme ne génère pas les crises de demain. C’est ce type de traitement que la Région applique quand elle lie le développement des TER à la maîtrise de l’urbanisme à travers l’élaboration des Schémas de Cohérence Territoriale par exemple. Car l’objectif, en améliorant les transports en commun et en facilitant le report modal, n’est pas de générer plus de déplacements

Chômage galopant, précarité généralisée dans les emplois industriels, tertiaires et dans l’agriculture : ces réalités sont aujourd’hui tristement établies, elles ne font que s’accroître de plus en plus vite. Je l’ai dit : certaines réponses fondamentales sont dans la reconversion et dans la relocalisation de l’économie et la Région doit s’y employer vite et bien.

Mais d’autres réponses sont dans une organisation sociale nouvelle : ce n’est pas en encourageant le « Travailler plus pour gagner plus » du Président Directeur Gesticulateur que l’on peut trouver un meilleur partage du travail.

D’autres réponses à la crise se situent aussi dans l’obligation de traiter les situations de détresse : le stade de la précarité dans l’emploi, dans le logement, est malheureusement souvent dépassé. Nous sommes dans le stade de l’exclusion. Les S.D.F. sont partout. Il suffit de circuler en ville en fin de marchés, quand les vendeurs se retirent, pour savoir que la crise alimentaire frappe ailleurs que dans les pays du Sud.

C’est un nouveau champ d’action qui s’impose à tous, Régions comprises.

Mais l’Etat pourrait être chef de file mais comme l’a très bien montré Etienne TETE tout à l’heure, il ne fait que privilégier les privilégiés et creuser la misère pour les miséreux.

Il nous faut mener le combat politique contre cet Etat là, contre ce gouvernement là, contre cette droite là.