Les JO d’Hiver 2018 ne pourront pas être écologiquement et socialement
soutenables !

POSITION du Conseil National Inter Régional (CNIR) des VERTS, adoptée en
session des 21 et 22 mars 2009
Le Conseil National Olympique et Sportif Français (CNOSF) vient de choisir
de porter la candidature d’Annecy à l’organisation des Jeux Olympiques d’Hiver
de 2018. Quatre Villes françaises étaient pré-candidates : Annecy,
Grenoble, Nice et Pelvoux.
En dépit de la rhétorique du "rêve", du "consensus" et de la "ferveur
populaire" agitée par les promoteurs des candidatures, partout de nombreux
habitants ont exprimé leur scepticisme. Les Verts et leurs élus ont également
fait part de leurs critiques fortes.
++Le Comité International Olympique (CIO) n’est pas à la hauteur de l’idéal
qu’il défend :
++ népotisme, corruption, uniformisation des cultures et indifférence morale
semble constituer sa boussole. En témoigne la sélection de la Chine pour les
olympiades de 2008 et celle de la Russie pour les JO d’hiver de 2014 ;
deux régimes régulièrement interpellés pour leur mépris des Droits de l’Homme.
A bien des égards, le CIO a détourné les valeurs du sport : valorisation
de la concurrence, laxisme face à la fraude et au dopage, encouragement à un
usage extrême du corps humain, perversion des évènements sportifs par le
spectacle, l’argent et l’ingérence des sponsors (au 1er rang desquels
Coca-Cola, Mc Donalds, Visa), croissance continue de l’encadrement policier et
des atteintes aux libertés publiques lors des jeux.
++Le CNOSF n'a pour sa part, rien à lui envier :
++ Guy Drut, membre du CIO et du CNOSF, et Henri Sérandour, le président
depuis 1993, tous deux condamnés pour prise illégale d’intérêt.
Pour toutes ces raisons, Les Verts souhaitent une réforme en profondeur de
ces deux instances. Une réforme qui leur permettrait de renouer avec l’esprit
de transparence, de fraternité et de démocratie qu’ils revendiquent par
ailleurs. De plus, les critères de sélection des candidatures à l’organisation
des JO, imposées par le CIO, sont incompatibles avec la nécessaire reconversion
écologiste
A l’inverse des déclarations volontaristes de façade du CIO,
l’impact sur l’environnement d’une candidature n’est toujours créditée que du
coefficient le plus faible dans le barème de sélection et n’est absolument pas
discriminant. Ainsi, bien qu’en matière de protection de
l’environnement son dossier était le moins exigeant, Sotchi s’est vue accordée
l’organisation des JO d’hiver de 2014.
Et aujourd’hui, dans des réserves naturelles et des zones de
conservation fédérale, une ville entière sort du sol avec son lot de
déforestation et de pollution. Les espaces naturels protégés et les
lois environnementales pèsent peu face aux impératifs du gigantisme des
JO.
Pour pouvoir prétendre au titre de "ville candidate", la ville en
compétition doit s’engager à fournir un minimum de 22 800 chambres, en hôtel de
3 à 5 étoiles. Aucune des villes françaises en lice n’a une capacité
hôtelière globale supérieure à 10 000 chambres. Elles ne pourront donc
être retenues qu’au prix d’une urbanisation massive et hâtive de leurs
alentours, quitte à sacrifier un cadre naturel déjà contraint et à susciter une
spéculation immobilière virulente.
En effet, dans la région de Turin, dernière ville organisatrice des
JO d’hiver, le m² est passé de 2600 à 5000 euros entre 2004 et 2007.
La plupart des infrastructures bâtis pour l’occasion, véritables
"cathédrales dans le désert" (d’après Legambiente), sont aujourd’hui à
l’abandon et font peser sur les communes concernées une pression financière
insoutenable : gares, parkings, tremplins laissés en friche, équipements
et pistes géantes dont l’usage post-olympique est illusoire. De plus,
en seulement deux semaines, les olympiades de Turin ont consommé autant
d’eau qu’une ville de 600 000 habitants et autant de gaz qu’une ville
de 3 500 habitants pendant un an. Ces données font mentir ceux pour qui "les JO
du XXIème siècle sont propres et durables".
Une candidature aux JO coûte en moyenne autour de 25 millions
d’€ (Paris 2012 et prévisions officielles Grenoble 2018, 35 millions
pour Munich 2018), essentiellement consacrés au lobbying, aux réceptions
fastueuses et autre frais de propagande. La France n’ayant quasi aucune chance
d’être retenue, cette candidature est une complaisance à l’égard des
instances olympiques qui ont besoin de l’argent des pays candidats. Un
gaspillage d’argent public, sans compter les dépenses qui ont déjà eu cours
pour l’étape de « pré-requérant ». Dans les villes candidates, on
assiste à une augmentation massive de la fiscalité locale en 2009, à
Grenoble (+13% ) et à Nice (+ 15%).
Du coté des villes en compétition, les candidatures
ont été tenues à l’écart du débat public, les obligations
démocratiques étant réduits à un simple exercice protocolaire. Il est pourtant
indispensable que les habitants, les premiers concernés, soient associés à un
projet urbain d’une telle ampleur. Ces candidatures ont par ailleurs
servi de prétexte à la résurgence d’anciens projets routiers, autoroutiers ou
aéroportuaires (tels que la LGV Aix-Nice, la Rocade nord à Grenoble, le
contournement routier à Annecy qui détériore des alentours du lac) à l’heure où
il faudrait concentrer l’argent public sur la préparation de l’ère
post-pétrole.
L’attrait touristique des Alpes se tarit. Les promoteurs
des candidatures -milieux économiques ou élites politiques- parient sur
l’organisation de Jeux Olympiques pour ranimer l’image de marque de cette zone.
Mais le réchauffement climatique est deux fois plus rapide dans les
Alpes qu’ailleurs, et ce territoire sera très touché à court terme selon la
dernière carte du GIEC...Qu’en sera-t-il de l’enneigement en
2018 ? Les conditions climatiques obligent les stations à utiliser une
batterie de canons pour créer de la neige artificielle, dégradant un peu plus
l’eau et les sites.
Les collectivités et les politiques doivent revoir leurs priorités pour nos
montagnes pour un autre mode de développement, un tourisme à la fois
responsable et intégré. Celui-ci est, en effet, le seul capable de maintenir
une activité économique durable : valoriser les pratiques douces et
développer les emplois non saisonniers, recréer des circuits courts de
consommation pour garantir une activité locale de production agricole,
respecter les terres agricoles, préserver le cycle de l’eau, imaginer la
diversification des stations, soutenir la conversion vers des doubles activités
pastorales et touristiques, mieux protéger ces espaces naturels contraints et
fragiles.
Est-il décent et responsable de proposer une candidature dans
le contexte de crise généralisée et aggravée actuel ?
Londres 2012 et ++Vancouver 2014 regrettent amèrement de s’être
lancées dans ce projet : le budget de Londres est passé de 5
milliards d’euros lors de sa sélection à 11 milliards
d’euros aujourd’hui. Du fait de la rétraction des fonds
privés, toutes les constructions en cours
sont revues à la baisse, notamment en terme de qualité. A
Vancouver de même, les deux principaux investisseurs privés se sont retirés,
obligeant la municipalité à recourir en urgence à des pouvoirs
d’exception afin d’emprunter près de 415 millions de dollars. Des
enseignements doivent être tirés des exemples de Turin, Londres ou
Vancouver :
Les JO sobres et écolos, au vu des critères de sélection du CIO, n’existent
pas. Les Verts promeuvent le sport pour tous et les événements
sportifs fédérateurs.
Les JO du 21ème siècle sont encore à inventer : loin des
magouilles du CIO, du sport spectacle et des risques du
dopage, des intérêts privés des sponsors qui n’ont que faire des
problématiques environnementales, sociales et démocratiques. Nous devons
concevoir des jeux qui réunissent les peuples, les sportifs amateurs et
professionnels, valorisent les épreuves handisports, et soient un plaisir pour
tous les participants. Si le projet a été dévoyé, l’imaginaire olympique reste.
Mais tant que le CIO n’évoluera pas, nous refuserons la logique actuelle des
Jeux Olympiques. En conséquence, les Verts, réunis en CNIR les 21 et 22 mars
2009 demandent que le retrait de la candidature française aux Jeux Olympiques
de 2018 ainsi qu'une réforme des instances olympiques permettant d’en faire
enfin des institutions pleinement transparentes
Et souhaitent que les Verts européens et la Coordination des
Verts mondiaux engagent une réflexion approfondie sur les instances et
les Jeux olympiques
RAP










