L’INVITÉ DU DIMANCHE : JEAN-VINCENT PLACÉ (Vice Président des VERTS en
Région Ile de France )
« Il faut savoir fêter une victoire » !

Patron des Verts de la région Ile-de-France, Jean-Vincent Placé, 41 ans,
est devenu l’un des hommes forts de l’écologie française.
PROPOS recueillis par Dominique de Montvalon
et parus dans AUJOURD'HUI la France
Pouvez-vous nous parler de vous ? Qu’est-ce qui vous a amené à
l’écologie ?
>>> Jean-Vincent Placé. Je suis né à Séoul, en Corée du
Sud, le 12 mars 1968. J’ai eu la douleur d’être abandonné à la naissance et
j’ai vécu jusqu’à l’âge de 7 ans dans un orphelinat. J’ai eu ensuite la chance
d’être adopté par une famille normande. Ma rencontre avec Michel Crépeau, alors
maire de La Rochelle, a été déterminante dans mon parcours. Je suis devenu son
assistant parlementaire. C’était un immense bonhomme, un écologiste convaincu,
qui a lancé en 1974 les premiers vélos en libre service. Après sa mort en 1999,
j’ai adhéré aux Verts. C’est chez les Verts que j’ai trouvé le discours le plus
abouti, qui lie environnement, solidarité, démocratie, diversité, féminisme.
Ils m’ont fait confiance pour présider les Verts à la région Ile-de-France
depuis 2004. Et, sans rougir, nous avons bougé les lignes.
Depuis le succès des listes Cohn-Bendit aux européennes, les Verts
martèlent qu’ils vont présenter des listes autonomes partout aux prochaines
élections régionales. N’êtes-vous pas grisés ?
>>>Il faut savoir fêter une victoire, il faut aussi savoir
garder la tête froide. Les électeurs et électrices ont soutenu le rêve européen
que nous portions. De même, nous soumettrons à leur suffrage un projet
régional. Non pas contre la gauche, mais pour faire gagner une gauche
renouvelée. Il y avait le libéralisme, le socialisme, aujourd’hui il y a
l’écologisme. C’est naturel que cette pensée politique soit défendue sous ses
propres couleurs. Il n’y a d’ailleurs qu’en France que l’on s’en
étonne.
A quoi attribuez-vous votre succès aux européennes ? A la performance
de Daniel Cohn-Bendit ou à la faiblesse du PS ?
>>>L’urgence écologique nécessitait que tout le peuple de
l’écologie soit rassemblé autour d’un projet européen et non franco-français
pour porter la transformation écologique de la société et de l’économie. Ce
projet, nous avons pu l’incarner autour d’une dream team : Dany, Eva Joly,
José Bové, pour ne citer que les plus connus. Mais ces hérauts de l’écologie
politique ont été épaulés par une nouvelle génération qui incarne un
renouvellement. Je pense évidemment à Cécile Duflot, notre secrétaire
nationale, ainsi qu’à Karima Delli, de Sauvons les riches et Jeudi noir, notre
nouvelle députée européenne. Nous pensons que la diversité, dans la nature
comme en politique, est une force.
Faut-il craindre que l’Iran se dote de l’arme nucléaire ? Diriez-vous
qu’une politique de fermeté s’impose ?
>>>Nous sommes favorables à une zone de dénucléarisation
sur tout le Moyen-Orient. La fermeté, c’est s’opposer, et pas seulement en
Iran, à la prolifération du nucléaire, civil comme militaire. Et, de ce point
de vue, le président Sarkozy, qui encourage partout l’essor des centrales, ne
contribue pas au désarmement.
Les Verts ont soutenu le dalaï-lama et ne passent rien à la Chine. Votre
parti est-il anti-Chinois ?
>>>Est-ce être anti-Chinois que soutenir le droit des
peuples à disposer d’eux-mêmes, et prôner la non-violence ? Est-ce être
anti-Chinois que s’élever contre la répression qui a fait plus de 140 morts
ouïgours dimanche dernier ? Nous sommes le seul parti à défendre ces
principes dans le monde entier, quel que soit le régime en place. Nous
défendons les droits fondamentaux des Tibétains, des Ouïgours mais aussi les
droits humains des Chinois eux-mêmes.
En menant la bataille contre le travail le dimanche, la gauche est-elle
fidèle à ses valeurs ?
>>>Le repos dominical s’est laïcisé : c’est maintenant
une question de société. Il est extrêmement grave que cet acquis, soutenu dès
le début par le mouvement ouvrier, soit remis en cause. Le gouvernement
détricote le droit du travail. Nous, écologistes, portons une société qui crée
du lien, valorise le temps libre et pas seulement le travail. Simplement parce
que nous pensons que nous travaillons pour vivre, et pas le
contraire.
Etes-vous favorable à terme à une interdiction du port de la burqa en
France ?
>>>Je préfère parler de voile intégral. La burqa, c’est le
voile bleu grillagé des Afghanes. Le voile intégral, c’est une prison pour la
femme. Je ne suis pas de ceux qui cherchent à faire des lois pour tout
réglementer. Il faut parfois faire confiance à notre savoir-vivre ensemble,
notre intelligence sociale. Une loi risquerait de confiner ces femmes chez
elles. Et ces lois sont toujours dirigées contre une même fraction de la
population.
Dites-vous comme Jean-Louis Borloo que tous les particuliers devront
recevoir un « chèque vert » lorsque la taxe carbone sera mise en
place ?
>>>Cette proposition figurait dans le programme d’Europe
Écologie : M. Borloo était donc bien inspiré ! La taxe carbone est
fondamentale : il faut donner un prix et une visibilité au coût
environnemental induit par toute activité. Mais attention ! Les ménages
les plus modestes risquent de subir cette mesure comme un impôt indirect. Alors
oui, il faut redistribuer cette richesse intelligemment, tout en les faisant
participer à la protection de leur environnement.
A l’épreuve du pouvoir, Obama vous séduit-il toujours autant ?
>>>Au soir de son élection, j’étais ému, mais aussi inquiet
du poids insurmontable qui reposait sur ses épaules. Il a pris le pouvoir au
pire moment possible. Et pourtant, Barack Obama est parvenu à nous faire
oublier l’Amérique de Bush et à porter un message d’espoir, aussi bien sur le
climat que sur le dialogue des civilisations. Même s’il reste soumis à des
lobbys ultrapuissants, même si les Etats-Unis et l’Europe, ce sont deux choses
différentes.
Que vous inspire ce qui s’est passé autour de la mort de Michael
Jackson ? De l’émotion, ou un mouvement de recul ?
>>>Prenez la boutade comme un hommage, mais le seul
mouvement de recul que cela m’évoque, c’est son célèbre moonwalk ! Plus
sérieusement, je crois que beaucoup de ceux et celles qui ont été touchés par
sa disparition n’étaient pas nécessairement des fans. Il a écrit et inventé
beaucoup de choses : j’invite vos lecteurs à revoir le clip de
« Earth Song ». Mais je constate aussi que moins il y a de vivre ensemble
au niveau local, plus il y a de besoin de grand-messes
médiatiques.
Souhaitez-vous la victoire de la gauche en 2012 ? La croyez-vous
possible ?
>>>Je la souhaite, bien sûr, de toutes mes forces.
Possible ? J’ai envie de vous dire : « Yes, we can. » Si
nous portons un projet résolument écologiste, résolument de gauche, la victoire
de la gauche est à portée de main
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